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Raoul Minot, le photographe de Paris occupé

60 min - Arte

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Agnès Poirier

Paris, été 1940. La Ville Lumière s'enfonce dans la nuit de l'Occupation. Dans les rues quadrillées par les uniformes allemands, un homme circule dans l'ombre : Raoul Minot, employé du grand magasin le Printemps, dissimule dans son sac un appareil photo. De 1940 à 1942, bravant l'interdiction de photographier, il capture clandestinement le visage d'une capitale transfigurée : avenues désertes, drapeaux nazis accrochés aux façades, soldats allemands omniprésents dans les rues, les avenues et les boulevards, s'accaparant peu à peu la ville et ses lieux emblématiques. Au dos de chaque cliché, il consigne en lettres capitales des légendes à l'ironie gouailleuse, très parisienne. Jamais le Paris occupé n'avait été à ce point documenté, soustrait au regard et à la propagande de l'occupant.

Fils d'ouvrier de Montluçon monté à Paris à 17 ans, ancien combattant de 14-18 décoré de la croix de guerre, Raoul ne peut rester les bras croisés quand les soldats de la Wehrmacht entrent dans sa ville. Son arme, ce sera son appareil photo. Autour de lui, au Printemps Haussmann, un cercle discret le soutient : sa femme Marthe, caissière, et surtout Germaine Gerschel, une jeune femme juive venue de Strasbourg, à la tête du studio photographique du magasin. C'est elle qui fournit Raoul en pellicule, denrée rarissime, et développe en secret ses images interdites.

Arrêté, déporté et disparu lors des marches de la mort, Raoul Minot est resté anonyme pendant huit décennies, jusqu'à la découverte fortuite de son album de 377 photographies. À partir de ce trésor, d’archives filmées de l’époque et de séquences d'animation dessinée, le film reconstitue l'itinéraire de ce héros ordinaire, ce résistant sans uniforme qui a choisi, au prix de sa vie, de témoigner et de laisser une trace.

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